Je n’aime pas dormir quand ta figure habite,
    La nuit, contre mon cou ;
Car je pense à la mort laquelle vient si vite
    Nous endormir beaucoup.

Je mourrai, tu vivras et c’est ce qui m’éveille !
    Est-il une autre peur ?
Un jour ne plus entendre auprès de mon oreille
    Ton haleine et ton coeur.

Quoi, ce timide oiseau replié par le songe
    Déserterait son nid,
Son nid d’où notre corps à deux têtes s’allonge
    Par quatre pieds fini.

Puisse durer toujours une si grande joie
    Qui cesse le matin,
Et dont l’ange chargé de construire ma voie
    Allège mon destin.

Léger, je suis léger sous cette tête lourde
    Qui semble de mon bloc,
Et reste en mon abri, muette, aveugle, sourde,
    Malgré le chant du coq.

Cette tête coupée, allée en d’autres mondes,
    Où règne une autre loi,
Plongeant dans le sommeil des racines profondes
    Loin de moi, près de moi.

Ah ! je voudrais, gardant ton profil sur ma gorge,
    Par ta bouche qui dort
Entendre de tes seins la délicate forge
    Souffler jusqu’à ma mort.

dit par Jean MERCURE

Jean COCTEAU (Plain-chant, 1923)